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L'activité de sculpteur est
avant tout manière d'être au monde et commence pour moi par
de longues promenades et errances dans la nature, dans des espaces libres
ou délaissés. Afin de retrouver les rythmes essentiels et
d'être en prise avec le réel. Pour être au monde avec
le corps et avec les sens. Pour se donner une dimension plus ample. En
s'appuyant sur les forces de la nature, les énergies brutes de
la matière et sur ses formes. Lors de recherches attentives ou
au hasard des rencontres, des émotions, des découvertes.

Bois récupérés,
bois flottés, bois de construction, de démolition, chablis,
friches, piquets
Dans ces pièces de bois le temps, l'homme
et les éléments ont déjà réalisé
une uvre confuse et trouble. L'éclatement et la décomposition
organique ont mis à jour les fibres et les lignes des différentes
couches de croissance. L'inégale altération du bois, leurs
courbes naturelles ont libéré des formes. Un bois éclaté,
dressé sur un socle, impose déjà une présence.
(En chinois, le terme "LI" désigne à la fois les
fibres de bois et le principe de l'ordre universel)

La période d'observation des bois et la maturation du projet sont
le plus souvent longues, parfois plusieurs années. Chaque pièce
de bois a sa particularité et il s'agit d'en bien comprendre les
formes pour en dégager les lignes de force. C'est la structure
originelle de la pièce de bois qui détermine l'intervention.
Les formes partent de la matière et s'en délivrent pour
s'ouvrir à l'espace et aux regards.
Sur ces pièces de bois de toutes dimensions, différentes
techniques de sculpture sont mises en uvre : fendage, taille, assemblage,
modelage, ponçage... Taille directe effectuée avec des outils
traditionnels (herminettes, gouges
) et mécaniques. Techniques
d'assemblages et de rajouts. Modelages en plâtre, en mastic polyester
Techniques de finition pour renforcer l'unité de la sculpture et
la protéger.
Pas d'idée à priori
qui détermine le travail.
La main libère les formes et les formes libèrent les regards.
Mon travail est d'interroger la matière, de mettre en forme des
correspondances avec l'humain.
Tension entre la pesanteur du bois et l'ascendance de ses lignes.
Transformation d'une énergie brute.
Recherche d'une unité avec le monde.

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le corps humain
le corps de l'arbre
le corps est la mesure de toute chose
seuls l'homme et l'arbre dans la nature sont verticaux
le corps est la matière première
la sculpture est le double du corps
un double qui nous interroge sur nous même
pour savoir qui on est
sculpter pour être au monde
se joindre à la croissance du bois
retrouver les rythmes essentiels
nous sommes accablés d'images
les images masquent le réel
il faut revenir à la matière
au sensible, au palpable
le bois parle
dans le bois le temps a fait son uvre
tous les éléments, le ciel, les eaux,
la terre et les corps
s'assemblent et se réconcilient
l'espace intérieur d'une sculpture est immense
sculpter c'est lutter contre la pesanteur
prendre la vigueur de l'arbre
ses lignes de vie, ses lignes de force
la main forme et transforme
concilie les extrêmes, accorde les contraires
elle transforme l'inerte en mouvement, le dedans en dehors
la confusion en harmonie
le chaos en clarté
la main de la métamorphose
elle mélange les genres, le féminin, le masculin
le végétal, le minéral et l'humain
matière nouvelle, hybride
elle transforme une énergie brute en force spirituelle
prendre l'énergie de la terre
donner corps au temps
à l'ivresse des collines
corps aux corps
vitales verticales
la pensée ne peut se substituer à
l'uvre d'art
l'uvre d'art n'est pas discours, n'est pas illustration d'idées
l'idée est plus lourde que la forme
l'art n'a pas besoin de preuve
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